Eugène DORSENE

(1854-1917)
Photographe d'atelier
4 photographies

Périgueux Dordogne

Etienne Eugène Dorsène (1) est né le 13 juillet 1854 à Saint-Yrieix-la-Perche (Haute-Vienne). Il est le fils cadet de Raymond Dorsène, feuillardier (2) et de Jeanne Barbessou (ou Berbessou). Eugène n’a que deux ans et demi quand sa mère décède le 10 mars 1857. Veuf avec deux fils à sa charge Raymond Dorsène quitte Saint-Yrieix. Plus de dix ans après le décès de sa première épouse, il se marie avec Anne Bourdau avec laquelle il vivra à Château-Chervix (Haute-Vienne). Dès l’adolescence Eugène Dorsène doit se prendre en charge. Il est d’abord apprenti chez un serrurier mais ne manifestant aucun intérêt pour le travail du fer, il est renvoyé chez son père. Réputé « indolent, négligent, indomptable », Eugène n’a de goût pour aucun des métiers que l’on tente de lui apprendre. A seize ans, il fait une rencontre qui va changer sa vie. Un photographe ambulant est de passage à Excideuil (Dordogne) où Eugène est garçon d’écurie dans un hôtel. (3) L’adolescent est fasciné par les portraits exposés dans sa baraque foraine ; à tel point que l’homme de l’art lui propose de partir en tournée avec lui. Eugène n’hésitera pas. Avec son patron, il va parcourir le Nord de la France, la Belgique et les Pays-Bas. Alors qu’ils se trouvent à Amsterdam, ils embarquent pour traverser le golf de l’Y et visiter Zaardam. Au retour, le bateau, ayant à peine quitter le port, est pris dans une violente tempête. Il coule. Presque évanoui, Eugène s’agrippe aux aspérités d’une digue tenant dans ses bras son patron qui n’a pas survécu. (4) Désormais seul, Eugène Dorsène rentre en France. Il est employé comme opérateur dans un atelier de la capitale puis à Limoges (Haute-Vienne).

PERIGUEUX : En 1879, Eugène Dorsène devient opérateur-gérant de la succursale que le photographe bordelais Sereni avait ouvert à Périgueux deux ans plus tôt. Au printemps 1883, Sereni lui vend le fonds de commerce et l’autorise à apposer la mention « Photographie Sereni » au dos de ses portraits. (5) . Le 1er octobre 1883, Eugène Dorsène, âgé de 29 ans épouse à Périgueux Louise Trassy (1860-1947), dont le père avait été notaire à Saint-Céré (Lot). Le couple aura deux enfants morts en bas âge. Assez vite, Dorsène s’impose comme le professionnel périgourdin chez lequel il faut se faire photographier. Dans son atelier de l’allée de Tourny, il reçoit des hommes politiques, l’évêque du diocèse, le préfet de la Dordogne et beaucoup de notables mais aussi des mères avec leur nourrisson. Secondé par son épouse, Dorsène s’était spécialisé dans les portraits de bébés. Son travail de portraitiste ne représente qu’une partie de son activité. Il sort de son atelier pour couvrir les évènements locaux : manifestations sportives, fêtes, faits divers... Il sélectionne les meilleures épreuves de ces reportages et les affiche dans une vitrine cours Montaigne devant laquelle les Périgourdins ne manquent pas de s’arrêter. Désormais à la tête d’une entreprise qui emploiera jusqu’à 15 personnes, Eugène Dorsène est fait officier d’académie en 1903 puis officier de l’instruction publique en 1911. (6)

                                   PHOTOGRAPHE ET RADIOLOGUE
En janvier 1898, Dorsène est le premier photographe périgourdin à disposer de la lumière électrique dans son atelier. Mais en octobre 1899, il frappe encore plus fort : il achète un appareil de radiographie. Ni l’hôpital de Périgueux, ni aucun médecin, n’en possédait. Dans ses publicités, le photographe ne manque pas de rappeler qu’il dispose d’un « Laboratoire spécial avec rayons X établi selon les dernières découvertes de la Science pour la Radiographie, la Radioscopie. » En situation de monopole, Dorsène fait des radiographies à la demande de médecins. N’étant pas tenu par le secret médical, en juin 1904, il expose dans sa vitrine cours Montaigne « les superbes radiographies de Georges Greil et de Marthe Demont (deux victimes d’un drame passionne) prises par lui avant-hier. Chacun des blessés est vu de face et de profil et on voit parfaitement le projectile dans le crâne de Greil ». Un an plus tôt, le docteur Colombet avait ouvert un cabinet à Périgueux et était équipé d’un appareil de radiologie. Néanmoins, Dorsène continuera plus que jamais à pratiquer la radiologie. (7) A ses risques et périls. Mal protégé contre les rayons X, il est amputé de l’index de la main gauche en 1912. Deux ans plus tard, il s’effondre et ne pourra plus se relever. Il meurt le 30 octobre 1917 à l’âge de 63 ans.


Source principale : Dans son livre sur les « Photographes en Dordogne (1ère partie : 1850 – 1930) , Thierry Boisvert (1954-2011) consacre une vingtaine de pages à Eugène Dorsène. La notice ci-dessus n’en est qu’une modeste synthèse.

Notes et sources :
(1) La graphie de ce patronyme a beaucoup varié : Dorsaine, Dorsenne, Dourcene mais aussi Dourcenot sur l’acte de baptême du grand-père paternel du photographe.
(2) Les feuillardiers fabriquent des cercles en lattes de châtaigniers, appelé feuillards, pour entourer les tonneaux.
(3) Lagrange Jacques « Sur les origines de la photographie à Périgueux » ( Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord - année 1978 – 3e livraison ) Thierry Boisvert écrit que la rencontre avec ce photographe s’était faite, non pas à Excideuil, mais à Saint-Yrieix-la-Perche, commune natale d’Eugène.
(4) Boisvert Thierry « Photographe en Dordogne (1ère partie : 1850 – 1930) ».
(5) En 1887, Nicolas Schettino s’installe à Périgueux en se présentant en qualité d’ex-opérateur en chef de la maison Sereni à Bordeaux. Dorsène saisit le tribunal de commerce qui condamne Schettino à faire disparaître le nom de Sereni de tous ses documents commerciaux (RetroNews « La Loi » du 12 décembre 1888).
(6) Gallica « Journal officiel de la République française » des 9 février 1903 et 13 mars 1911. En 1903, Dorsène est honoré en tant qu’artiste peintre et en 1911 en tant que photographe et directeur du laboratoire radiologique.
(7) Docteur Michel Duverger « Les débuts de la radiologie à Périgueux en secteur privé et public » (Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord année 1985 – 3e livraison).